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Avant propos

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fr_Livres - Quelle voie bouddhiste ?

AVANT PROPOS

J’ai commencé à m’intéresser au Bouddhisme à l’âge de 15 ans, lors d’une cérémonie de prières pour le décès de mon grand-père paternel. Ce fut le début d’une consommation intensive de livres sur le bouddhisme, qui me marquèrent profondément. A 23 ans, j’entrai à la pagode et me fis moine, me fixant secrètement pour objectif l’Eveil, la libération dans cette vie même, à l’exemple des patriarches d’autrefois. Qelle naïveté touchante des premiers pas sur la Voie !... Avec un enthousiasme débordant, je me consacrai à aider autrui (car rendre services aux êtres vivants équivaut à rendre hommage aux Bouddhas des dix directions) et à étudier le Dharma dans l’émulation avec mes condisciples. J’appris les rituels et les cérémonies de base que tout moine doit connaître, ainsi que les doctrines générales qui permettent de guider les fidèles au cours des enseignements hebdomadaires. Et pourtant, il me semblait que tant de connaissances me manquaient encore. Je vins trouver mon maître pour lui demander l’autorisation de quitter la communauté afin de poursuivre ma quête de connaissance du Dharma. Voyageant d’un lieu à l’autre, ma vie de moine errant à la recherche de la Voie me fit découvrir bien des contradictions et des absurdités dans les communautés religieuses, et j’hésitai dès lors entre deux attitudes : laisser faire ou réagir. Devais-je faire semblant de rien et laisser les gens agir à leur gré, en me disant que les habiles surnageraient toujours et tant pis pour les autres, ou devais-je exprimer mes réflexions ? En 1987, dans mon livre “Méditation des Quatre Fondements de l’Attention”, je choisis d’exprimer mon point de vue, ce qui ne plut pas à certains de mes condisciples. Tenant compte de leur réaction, mes livres suivants se cantonnèrent au domaine de la traduction et du conseil pratique aux fidèles pour leur développement spirituel. Deux sortes de gens peuplent ce monde : les premiers sont en quête permanente du sens de la vie et s’efforcent de comprendre ; les seconds n’ont pas la moindre envie de réfléchir et sont parfaitement satisfaits de vivre comme des moutons, de travailler, bien manger, bien dormir, et de s’amuser comme tout le monde en se conformant au style de vie à la mode. Les premiers sont peu nombreux, ce sont les révolutionnaires, les visionnaires, les prophètes et les fondateurs de religions, les savants, les inventeurs... Les seconds constituent la grande majorité, des riches milliardaires aux mendiants les plus pauvres, des dirigeants d’entreprises aux employés et aux ouvriers. Tous ces gens, avides et égoïstes, courent derrière l’argent, les plaisirs, la beauté et la gloire sans jamais se demander pourquoi ils sont en vie et dans quel but. Le Bouddha fut un révolutionnaire qui, insatisfait des doctrines brahmaniques qui prévalaient de son temps, partit en quête d’une nouvelle Voie. Son rejet du système de caste qui dominait la société indienne de l’époque est un autre signe de son anticonformisme novateur. L’histoire nous montre qu’une révolution succède toujours à une période où l’humanité s’assoupit et sombre dans l’obscurantisme. Mais ces révolutions successives n’échappent pas non plus à la loi de l’impermanence : elles réveillent l’homme, changent sa façon de penser et sa manière de vivre pour un temps, puis, petit à petit, elles se figent en structures qui enferment les générations suivantes dans un carcan de traditions conservatrices et dépassées.

Revenant à mon cas personnel, pour moi comme pour beaucoup d’autres, devenir bouddhiste, cela signifiait embrasser l’idéal de la libération. J’avais la ferme intention de demander à mon maître, après une période d’apprentissage et d’étude, de pouvoir me retirer en un lieu isolé pour y faire une retraite. Jour après jour, entre les deux sessions de prières, j’étudiais et récitais les soutras, comme le Soutra du Diamant (Vajracchedika-sutra), le Soutra du Lotus (Sadharma-pundarika-sutra), le Soutra du Nirvana (Mahaparinirvana-sutra), etc... Résolu de me tenir à l’écart du monde, je pratiquais assidûment la méditation pour réaliser rapidement l’Eveil. Mais ironiquement, plus je pratiquais, plus j’étais assailli par les doutes et plus mon ignorance m’apparaissait clairement. Il me fallait approfondir ma compréhension et trouver une réponse aux questions ardues qui m’empêchaient de méditer en paix, de réciter les soutras et de prier jour et nuit. C’est pourquoi, au lieu de me retirer paisiblement dans un endroit isolé pour pratiquer, je suis reparti, baluchon sous le bras, à la recherche des maîtres et de la Voie. Mes condisciples me critiquaient en chuchotant entre eux que je faisais une bien drôle de moine, à toujours courir le monde en solitaire, au lieu de me fixer quelque part pour prier, enseigner le Dharma, construire des temples, rassembler les fidèles, etc. Au cours de cette période d’errance et de quête, j’ai écrit quelques livres pour partager avec mes amis dans le Dharma les connaissances que j’avais glanées. Cette fois, mon approche est différente, je n’écris pas en suivant un plan structuré comme précédemment, mais en laissant libre cours à mes pensées et à mes souvenirs, mélangeant mémoires et enseignements. Aussi, je vous demande instamment de ne pas considérer les réflexions qui parsèment ce livre comme des vérités, car jusqu’à ce jour, je ne sais plus moi-même si j’ai pratiqué correctement la Voie du Bouddha, ou bien une autre voie dont j’ignore encore le nom. Libre à vous de l’appeler comme bon il vous plaira lorsque vous aurez terminé votre lecture...

Paris, juin 1996

Thích Trí Siêu

 
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